Ce patient éligible est déjà dans votre officine. Il repart dans deux minutes.
Il a entre 45 et 50 ans. Vous le connaissez depuis des années.
Il vient chercher son traitement chronique.
Il est éligible à un bilan de prévention remboursé à 100 % par l’Assurance Maladie. Ce rendez-vous de 30 minutes pourrait détecter un risque cardiovasculaire, lui permettre d’être vacciné, de recevoir un kit de dépistage du cancer colorectal.
Il repart. Sans que personne ne lui en ait parlé.
C’est avec cette image que j’ai ouvert ma deuxième conférence à Pharmagoraplus 2026 devant une salle pleine. Le silence qui a suivi était éloquent.
Trois chiffres à retenir avant tout
Beaucoup de pharmaciens me disent la même chose : « Je sais que ça existe, mais je ne sais pas exactement comment ça marche. »
Voici les bases en trois chiffres :
- 30 € par bilan, remboursés directement par l’Assurance Maladie. Zéro avance de frais pour le patient.
- 4 tranches d’âge éligibles : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, 70-75 ans. Dans la plupart des officines, cela représente des dizaines de patients éligibles chaque mois.
- Zéro formation obligatoire. Vous êtes déjà formé. Il s’agit uniquement de vous déclarer sur Santé.fr et de commencer.
Et ce n’est pas tout : si lors du bilan vous réalisez une vaccination ou remettez un kit de dépistage du cancer colorectal, vous pouvez facturer ces actes en supplément. C’est ancré dans l’arrêté du 28 mai 2024.
Les quatre profils de patients éligibles et comment les approcher
Les patients éligibles au bilan de prévention ne se ressemblent pas, et l’approche doit s’adapter à chacun.
18-25 ans : On n’y pense pas, et pourtant c’est là que se jouent les habitudes de vie : addictions, santé sexuelle, santé mentale. Ces patients ne viennent pas spontanément parler de prévention. C’est vous qui ouvrez la porte.
45-50 ans : Votre cœur de cible. Les traitements chroniques commencent, les dépistages cancers sont à initier, les risques cardiovasculaires à identifier. Et souvent, un médecin traitant peu disponible. Vous êtes le professionnel de santé qu’ils voient le plus régulièrement.
60-65 ans : Des patients déjà suivis pour leurs pathologies, mais rarement pour la prévention. Votre position de proximité est ici centrale.
70-75 ans : La vigilance bienveillante. Chutes, autonomie, polymédication, isolement. Ce sont les patients qui ont le plus besoin d’un professionnel de proximité — et qui ont paradoxalement le moins accès à la prévention.
Le déroulé concret d'un bilan de prévention en trois étapes
Étape 1 : Exploration (10 à 15 minutes)
Le patient remplit le questionnaire de prévention en ligne avant le rendez-vous, ou sur papier à la pharmacie. Vous explorez ensemble ses habitudes de vie : alimentation, activité physique, tabac, alcool, sommeil.
L’objectif n’est pas de tout traiter. C’est d’identifier 1 ou 2 sujets prioritaires.
Une question d’ouverture qui fonctionne bien : « Comment vous sentez-vous en ce moment, dans votre quotidien ? »
Étape 2 : Priorisation (10 minutes)
Vous priorisez ensemble. La posture clé : un seul changement durable vaut mieux que cinq intentions abandonnées.
Si une vaccination ou un dépistage colorectal est identifié, vous pouvez réaliser l’acte sur place et le facturer en sus.
Étape 3 : Le Plan Personnalisé de Prévention (5 minutes)
Vous co-rédigez avec le patient son Plan Personnalisé de Prévention. Ce document est versé dans son Dossier Médical Partagé et transmis à son médecin traitant.
C’est à ce moment précis que vous passez de dispensateur de médicaments à acteur central du parcours de soins.
Les mots qui font la différence : trois situations concrètes
La vraie question que me posent les titulaires n’est pas « Comment faire le bilan ? » c’est : « Comment en parler sans que ça sonne faux ? »
Au comptoir, 30 secondes
« M. Michu, je vois que vous avez entre 45 et 50 ans. L’Assurance Maladie vous offre un bilan de prévention totalement pris en charge. C’est un rendez-vous de 30 minutes ici, avec moi, pour faire le point sur votre santé. Ça vous intéresse qu’on en parle ? »
Pourquoi ça marche : vous ancrez sur un fait objectif, vous précisez que c’est pris en charge, vous donnez un cadre de temps, vous posez une question ouverte. Pas de pression, une invitation.
En proactif, l'appel téléphonique
Sortez votre logiciel, filtrez par tranche d’âge, et appelez.
« Bonjour, je vous appelle de la pharmacie. Vous êtes éligible à un bilan de prévention pris en charge à 100 % C’est un moment juste pour vous, pour faire le point sur votre santé avec moi. Je peux vous proposer un créneau de 30 minutes cette semaine ou la semaine prochaine ? »
Pensez également à vous déclarer sur Santé.fr : vous apparaîtrez dans l’annuaire public et des patients viendront vous chercher spontanément.
Face à l'hésitation
Le patient dit « Je n’ai pas le temps » ou « Je me sens bien » ?
« C’est exactement pour ça que c’est intéressant, pas parce que vous êtes malade, mais précisément parce que vous allez bien. On fait le point maintenant pour que ça dure. »
L’objection « je me sens bien » est en réalité une ouverture. Le bilan de prévention s’adresse aux gens en bonne santé. Ce n’est pas un diagnostic, c’est un investissement.
Intégrer les bilans sans tout bouleverser
La question la plus fréquente : « Mais où est-ce que je cale ça dans ma journée ? »
La réponse honnête : vous n’avez pas besoin de restructurer votre officine. Vous commencez par créer quatre créneaux dédiés par semaine. C’est tout.
Quatre bilans par semaine, c’est 480 € remboursés par mois, avant même de parler des conseils associés.
Un espace dédié ? Une chaise et un espace semi-privé suffisent pour commencer.
Le bilan comme porte d'entrée vers du conseil associé
Un bilan de prévention n’est pas une fin en soi. C’est une ouverture. À l’issue de ces 30 minutes, vous connaissez les sujets prioritaires de votre patient et vous avez une légitimité naturelle pour proposer :
- Alimentation identifiée → compléments nutritionnels adaptés
- Risque cardiovasculaire → appareil à tension, suivi personnalisé
- Tabac → accompagnement sevrage, lui aussi rémunéré
- Vaccination identifiée → vous la faites sur place, vous la facturez
- Cancer colorectal → kit remis, acte complémentaire facturé
Ce ne sont pas des ventes. Ce sont des continuités de soin. Et vos patients le perçoivent exactement comme ça.
Un positionnement, pas juste un acte
En 2025, le chiffre d’affaires vaccination en pharmacie a doublé par rapport à 2024. Ce n’est pas un hasard, c’est le résultat d’officines qui ont décidé d’occuper la place qui leur revient dans le parcours de soins.
La prévention n’est plus un acte de bonne volonté. C’est un acte de positionnement.
FAQ — Vos questions sur les bilans de prévention en officine
Faut-il une salle dédiée pour réaliser un bilan de prévention ?
Officiellement oui, un espace de confidentialité. Dans la réalité, un espace semi-privé au sein de la pharmacie suffit pour démarrer. L’important est de garantir une certaine confidentialité pour l’échange avec le patient.
Comment se faire déclarer pour réaliser des bilans de prévention ?
Il vous suffit de vous déclarer sur le portail Santé.fr. Votre officine apparaît ensuite dans l’annuaire des pharmacies proposant ce service.
Peut-on facturer d'autres actes lors du bilan de prévention ?
Oui. Si vous réalisez une vaccination ou remettez un kit de dépistage du cancer colorectal dans le cadre du bilan, ces actes peuvent être facturés en supplément des 30 € du bilan (arrêté du 28 mai 2024).
Comment identifier les patients éligibles dans mon logiciel ?
La plupart des logiciels officinaux permettent de filtrer les patients par tranche d’âge. Un simple export vous donnera une liste de patients à contacter proactivement. Ensuite d’autres logiciels spécialisés peuvent vous aider dans ces démarches (mesoigner.fr, monbilandesante.fr, posos.co…)
Les patients sont-ils réceptifs à cette démarche ?
Oui, à condition de bien choisir les mots. La clef est de présenter le bilan comme un service offert par l’Assurance Maladie, centré sur leur bien-être pas comme une consultation médicale supplémentaire.
Conclusion
Votre patient éligible est déjà dans votre officine. La question, c’est simplement : allez-vous lui en parler ?
Les bilans de prévention représentent une opportunité concrète de renforcer votre rôle dans le parcours de soins, de développer une relation patient vraiment qualitative — et de générer un revenu complémentaire stable, remboursé directement par l’Assurance Maladie.
Quatre créneaux par semaine. C’est tout ce qu’il faut pour commencer.
À lire aussi sur notre site : Méthode DISC en officine : le secret d’une équipe performante et soudée parce qu’une équipe qui se comprend, c’est aussi une équipe qui délivre un meilleur service à vos patients.
Prêt à lancer les bilans de prévention dans votre officine ?
Chez Meta Regard, nous proposons un accompagnement sur mesure pour vous aider à déployer les bilans de prévention concrètement : scripts d’approche, organisation des créneaux, formation de l’équipe, intégration dans le parcours patient.
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